Réseaux Sociaux et Pharmacovigilance : le filon encore inexploité des labos

La veille des cas d’effets secondaires représente un enjeu primordial pour l’industrie pharmaceutique. Et ce, lors des essais cliniques mais aussi, après, lors de la commercialisation du médicament où de nouveaux éléments peuvent apparaître (données en vie réelle). Surtout lorsque l’on sait que près de 90% des effets secondaires des médicaments ne seraient pas rapportés. Il est urgent de développer de nouveaux observatoires efficaces.

Les réseaux sociaux : un big data public 

Les réseaux sociaux pourraient être un outil intéressant pour répondre à ce besoin, tant certains patients y sont largement représentés. Néanmoins, il existe de nombreuses barrières. Tout d’abord, cela soulève des questions légales et éthiques pour les entreprises de santé et les instances réglementaires. Comment protéger la vie privée des patients déclarant des effets secondaires ? Quelle procédure de collecte des effets secondaires déployer ?

De plus, Il existe aussi un enjeu technique de taille. En effet, le flux de données générées par les réseaux sociaux, qui est de facto très grand et très peu qualifié doit pouvoir être transformé in fine en un flux utile et exploitable (du big data au smart data). Plusieurs projets ont vu néanmoins le jour pour exploiter cette opportunité.

Une étude en 2014, menée par la FDA, impliquant une start-up Epidemico développant des algorithmes permettant de sonder les réseaux sociaux, a examiné 6,9 millions de publications sur twitter et a trouvé 4401 tweets déclarant l’apparition d’un effet secondaire. Ces derniers ont alors été comparés aux données de pharmacovigilance rapportés à la FDA. L’étude a alors mis en lumière une forte concordance entre les données selon les classes d’organes. (cf histogramme ci-dessous). Ceci prouve une relative corrélation entre les déclarations classiques et celle exprimées sur les réseaux sociaux. L’équivalent européen de ce projet est le Web-RADR, toujours en partenariat avec Epidemico et des laboratoires pharmaceutiques.

 

Monitoring drug safety using Twitter

Image : Monitoring drug safety using twitter

Une réelle valeur ajoutée par rapport aux canaux classiques

D’après le Web-RADR, les données des médias sociaux pourraient fournir des estimations précoces sur la nature et l’ampleur d’un effet secondaire. Cela permettrait, aux laboratoires d’être mieux informés sur leurs produits commercialisés et d’adapter ensuite  le développement de leurs futurs médicaments.

De nombreux expert s’accordent à dire que la surveillance des effets secondaires sur les réseaux sociaux apporte une réelle valeur ajoutée à la pharmacovigilance. Néanmoins, cette tendance ne doit en aucun cas remplacer les canaux classiques. Ceci doit être considéré comme une base de donnée statistiques supplémentaires.

Des guides de recommandations à destination des industriels ont déjà été écrits par la FDA aux Etats-Unis et par l’ABPI en Angleterre. A quand un guide français ?  

Est-ce une obligation pour l’industrie pharmaceutique ?

Selon la législation européenne, il n’y a aucune obligation pour les laboratoires de surveiller les déclarations d’effets secondaires les réseaux sociaux “non sponsorisés” (Facebook, Twitter, Forum, blog…). Néanmoins, si ces derniers décident de surveiller les réseaux sociaux et trouvent des déclarations d’effets secondaires, ils se doivent de le faire remonter aux autorités. Ces entreprises sont, par contre, contraintes de surveiller leurs propres sites et pages Facebook, qu’ils en soient propriétaires ou seulement sponsors.

En décidant de ne pas déployer de stratégie social media, certains laboratoires se dispensent donc ce fardeau réglementaire. Néanmoins, quel sera le prix à long terme sachant que c’est certainement une future condition sinequanone pour engager durablement un dialogue avec leurs patients et autres parties prenantes ?

Sources :

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